En 1977 Michel Foucault écrivit la préface à la traduction américaine du livre de Gilles Deleuze et Felix Guattari L'Anti-Oedipe : capitalisme et schizophrénie. C'est en pensant à ces phrases que j'ai rassemblé ces films, comme s'il s'agissait d'outils d'autodéfense ou de médicaments pour nous guérir de toute pulsion fasciste : « Comment faire pour ne pas devenir fasciste même quand (surtout quand) on croit être un militant révolutionnaire ? Comment débarrasser nos discours et nos actes, nos cœurs et nos plaisirs du fascisme ? Comment débusquer le fascisme qui s'est incrusté dans notre comportement ? ».
Croire que les fascistes sont toujours les autres, ceux qui se montrent tels, ceux qui ont désormais perdu tout complexe à montrer ce qu'ils pensent et font, serait une erreur impardonnable. Les mécanismes de domination et d'assujettissement, de soumission et d'obéissance, sont des structures comportementales que chaque personne doit combattre en elle-même.
Kieślowski et Kluge analysent le quotidien de deux fascistes ordinaires : le réalisateur polonais le fait sans ressentiment et avec beaucoup d'empathie, tandis que l'Allemand le fait avec une ironie féroce qui lui vient de son maître Brecht. La même distance sine ira et studio se retrouve dans le film de Thomas Heise, une œuvre troublante qui nous confronte à l'humanité perdue de jeunes skinheads nazis, à leurs raisons paradoxales et à leur pauvreté morale. Le spectre d'Eichmann traverse Obedience de Stanley Milgram et nous montre comment la mentalité totalitaire naît précisément des pulsions sadomasochistes innées chez l'être humain, et que seules la responsabilité individuelle et le choix éthique peuvent vaincre. Mais la leçon la plus actuelle vient du bouleversant Sud de Chantal Akerman, qui nous fait traverser notre présent systématiquement raciste et discriminatoire, et ce avec une invention formelle d'une rare puissance et simplicité.
Telles sont les leçons d'éthique et de politique que ces films nous transmettent avec une force implacable mais nécessaire.
Federico Rossin
Historien du cinéma, programmateur indépendant
5 documentaires
Partant du lynchage d’un Noir par trois Blancs, _Sud_ dépeint un Texas nostalgique de son passé esclavagiste. Dans une alternance de plans fixes et de longs travellings, Chantal Akerman va reconstituer l’horrible fait divers qui eut lieu en juin 1998 à Jasper. Un Noir a été enchaîné à un camion et traîné pendant plusieurs kilomètres sur une route, par trois jeunes Blancs. La victime était un mu...
Le Point de vue d'un gardien de nuit
Nouveauté !Portrait d'un gardien d'usine polonais, fanatique de discipline, qui étend son autorité jusqu'à sa vie privée en essayant de tout contrôler, convaincu que « les règles passent avant les gens ».
Portrait d'une mise à l'épreuve
Nouveauté !Histoire de l’ex-policier allemand Müller-Seegeberg, qui a servi six gouvernements différents avec loyauté, en démontrant constamment qu’il était quelqu’un de fiable, archétype inquiétant du serviteur zélé qui a toujours « des ordres ».
En 1992, dans l’ex RDA, peu après la chute du mur, Thomas Heise filme des jeunes néo-nazis et recherche les causes de leur orientation politique d’extrême-droite.
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