Éloge du partage

Éloge du partage

Le cinéma direct, cinéma documentaire de l’implication des corps, du déploiement au présent de l’action, met en jeu avec force la relation entre ceux·elles qui filment et les personnes filmées.
Filmer « avec » l’autre est sa raison d’être, le centre à partir duquel s’établissent les mises en scène du réel possibles, admises, souhaitables.
Les films que nous proposons partent de ces postulats et en repoussent les limites, en font exploser les prérequis.
Le statut d’auteur·rice y est remis en cause, remis en jeu avec des amateurs, des femmes et des hommes qui se réapproprient leur récit de vie en prenant leur part de la création du film.
Ces films sont « faits ensemble ».
La caméra peut s’échanger, circuler, être partagée ; la voix off s’écrire à quatre mains ; la mise en scène se concevoir et se mettre en œuvre à chaque étape, de part et d’autre de la caméra.
Ce bouleversement profond des pratiques cinématographiques trouve son origine dans les expériences du cinéma militant.
Démarche politique assumée, joyeux partage de leur fabrication, ces films réactivent cette démocratie en acte.
Inscrits dans la modernité du cinéma documentaire, ils contribuent à en affirmer les atouts, en définir les contours.
La sélection offre à voir des films très différents que leur dimension participative rassemble. Il est également possible d’en souligner la perméabilité à la fiction, car ce ne sont pas seulement les conditions de fabrication des films qui sont partagées, mais les imaginaires. Les imaginaires, les désirs, les souvenirs et les rêves… liste non exhaustive tant le champ est large, des propositions, des récits et des milieux.
Ainsi en est-il de L’Écume des mères où Séverine Mathieu fait à quatre femmes la proposition singulière de (re)mettre en scène des moments réels, traumatiques ; dans 9 m2 pour deux, les cinéastes Jimmy Glasberg et Joseph Césarini, construisent un décor : une cellule à l’intérieur des Baumettes. Une cellule comme territoire de jeu que les détenus, scénaristes et acteurs, investissent de leur vécu et de leur inventivité ; pour Symphony of the Ursus Factory de l’artiste et réalisatrice Jaśmina Wójcik, les ancien·nes ouvrier·ères d’une usine de tracteurs sont invité·es à prendre part à une chorégraphie inspirée des gestes de leur propre travail qui va culminer en un cortège grandiose ; le film de l’anthropologue Eliane de Latour, Si bleu, si calme - La Prison intérieure, est écrit avec les détenus. Ils y lisent, en voix off, leurs textes. Tran Phuong Thao et Swann Dubus Mallet quant à eux, dans Finding Phong, alternent entre l’accompagnement et la délégation de la caméra à leur protagoniste, selon ce qu’exigent les situations et les émotions qu’elle traverse ; dans Les Femmes du soleil : une chronologie du regard, c’est le prêt d’une caméra par le réalisateur Hamed Zolfaghari qui va donner aux femmes du village dans lequel se tourne le film l’impulsion nécessaire à un changement radical de leur vie ; enfin, Kazuhiro Soda, le réalisateur de Inland Sea, se laisse guider par Kumi, une dame très âgée et très décidée à prendre en main les déambulations qu’il entreprend de filmer dans le village d’Ushimado.

 

Corinne Bopp, déléguée générale des Rencontres du cinéma documentaire (Périphérie)

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